On a tous en tête l’imagerie des photos noir et blanc : Henri Cartier-Bresson, Robert Franck, Man Ray etc. On associe généralement ces images à une photographie « historique ». Pas forcément dépassée, mais correspondant à une certaine esthétique. Comme toute innovation technique, le passage à la photographie couleur aura marqué un tournant très important dans l’histoire de la photographie. Alors pourquoi la photographie noir et blanc aujourd’hui ?

C’était mieux avant

Il y a un certain fantasme, bien naturel je pense, qui consiste à idéaliser les périodes historiques précédentes. Le noir et blanc fait souvent figure de lien avec ce passé. On estime, à tort je pense, que cela exprimerait quelque chose de plus authentique, de plus vrai. Écartons déjà la question de l’authenticité. Aujourd’hui cette notion n’a plus vraiment de sens tellement elle a été (et est encore) utlisée à tort et à travers, pour tout et n’importe quoi. Il faut voir le statut de la photographie noir et blanc autrement. Il s’agit avant tout d’un mode d’expression. Dit comme ça, ça n’a l’air de rien, mais c’est conséquent.

La contrainte du noir et blanc

En photographie argentique, la photographie en noir et blanc n’est pas un choix anodin. Il se fait en amont lorsque l’on décide de la pellicule à insérer dans l’appareil photographique. En photographie numérique, la question se pose différement, puisque la décision peut être prise après, lors du post traitement des images. Et c’est d’ailleurs comme ça que travaillent de nombreux photographes de mariage (et pas que, d’ailleurs). J’en fais partie : on fais notre choix en fonction de ce que l’on souhaite mettre en valeur. Mais depuis que j’ai commencé la photographie argentique, j’ai compris que l’on peut voir les choses autrement. Penser en n oir et blanc à la prise de vue oblige l’attention à se focaliser différemment. On est, par exemple, plus sensible aux nuances de lumières qu’aux nuances de couleurs. Si on pense couleur on ne s’arrêtera donc pas sur les mêmes détails et les mêmes angles de vue que si l’on pense noir et blanc.

Il n’y a pas de hasard

Ce que j’en retire de cette réflexion, entre autre, c’est qu’il n’y a pas de hasard. Autrement dit on ne peut pas ne pas choisir entre noir et blanc et couleur. L’un comme l’autre ont des significations différentes, ils ne vont pas servir à dire la même chose. Ça n’a rien de très original et c’est même sûrement une vision aussi ancienne que la photographie couleur (voire même que la peinture, car au lieu de parler de noir et blanc on aurait très bien pu, comme me l’a fait remarquer Mathieu Py à juste titre, parler de monochromie). Mais dans lotre attitude fasse à l’image à l’air du numérique, ça change beaucoup de choses. On peut penser la photographie numérique, non pas comme moyen de porter un nouveau regard sur l’image, mais comme moyen d’aller encore plus loin. D’un certaines manière, certains le fond déjà. Il y a d’excellents photographes qui ne prévisualisent les images qu’en noir et blanc sur l’écran de leur appareil photo. Certes, c’est bien souvent pour des raisons pratiques (repérer plus rapidement les zones trop exposées de l’image), mais dans l’absolu ça contraint le regard au noir et blanc et donc obilge à penser plus en contrastes et nuances de lumière qu’en chromie.

Pour aller plus loin…

Si ces questions vous intéressent, je vous invite à aller voir ma vidéo sur le sujet. J’aborde la question un peu différemment. Bon visionnage !